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dimanche 14 mai 2017

13 Fracture numérique ? Oui ! Mais laquelle ?

Pratiquement tous les candidats à la présidentielle ont parlé de lutter contre la fracture numérique et du développement du numérique, en particulier pour rendre plus efficaces nos services publics.
Je pense en particulier à des déclarations de notre nouveau président.
Bien souvent, on a l'impression que la fracture numérique, se résume à déployer la fibre là où ça traîne et à développer les services publics numériques.

Fibre ...

Le haut débit pour tous avec la fibre ! Difficile d'être contre ! Et de fait, si le fibrage se fait rapidement dans des zones urbaines, c'est un tout autre problème dans les zones peu denses, où tirer la fibre pour un petit nombre de clients coûte cher. Ceci dit, quand on n'est pas adepte du vidéo streaming des séries américaines ou que l'on n'est pas une PME ayant besoin d'échanger de gros volumes de données, l'intérêt économique de la fibre par rapport à un bon ADSL est-il si évident ? A terme probablement, mais je suis curieux de voir les études technico-économiques sérieuses sur le sujet... Si vous en connaissez, je suis preneur.

Téléphone ...

Mais la fracture numérique, ce n'est certainement pas que le problème du déploiement de la fibre.
Il suffit de se balader dans nos campagnes profondes pour le comprendre : qui n'a pesté contre l'impossibilité de téléphoner ou d'utiliser ce merveilleux engin connecté qu'est le smartphone faute de connexion même 3G ? Que ce soit en Lorraine, en Normandie ou ailleurs, sans parler de la montagne ou plutôt de leurs vallées, que de difficultés à trouver un endroit "où ça passe".

Services publics

Plus grave à mon sens, la fracture numérique c'est aussi l'extrême difficulté pour une partie de la population d'accéder désormais aux services publics ou parapublics. Faute de maîtriser l'usage d'un PC ou d'un smartphone, une partie de nos concitoyens, en particulier les plus âgés, est complètement perdue dès qu'il s'agit de faire une démarche. Pour le moindre rendez-vous, il faut pratiquement créer un compte avant d'obtenir ce rendez-vous ! C'est vrai que quand on maîtrise bien la bête, l'efficacité est au rendez-vous : j'ai apprécié d'avoir pu liquider mes 5 régimes de retraite depuis mon PC, sans avoir à me déplacer ni à perdre mon temps dans les files d'attente.
Mais quand on n'a pas l'habitude, utiliser même une messagerie devient difficile. Et ne parlons pas de fournir des documents scannés à l'administration : il faut déjà avoir accès à un scanner, et en plus savoir s'en servir.
Du coup, bien des personnes ne font pas les démarches nécessaires pour obtenir les aides auxquelles ils ont droit ... C'est en aidant ces personnes que l'on se rend vraiment compte de ce que peut être la fracture numérique. 
Et pourquoi ne pas développer dans les mairies ou ailleurs, un service public d'aide à l'accès aux services publics ou assimilés ?


vendredi 18 décembre 2015

5 SI …politique




En tant que chef adjoint du département SI, je découvrais donc que le SI n’est pas qu’une simple affaire technique mais aussi une affaire économique et politique.

Avoir des vues stratégiques, bien fondées, sur le développement du SI ne suffit pas ! Il faut en convaincre toutes les parties prenantes : la Direction de l’entreprise, certes, mais aussi ce qu’il est convenu d’appeler les « métiers » et en tout premier lieu, leurs responsables. Le développement du SI en entreprise n’a de sens que si l’entreprise y voit son intérêt, sur le plan économique, à l’évidence, mais aussi sur les plans organisation et politique interne.

Au premier abord, le plan économique paraît facile à aborder : après tout, comme pour tout projet, on peut chercher le BiKet (Business Case !) d’un projet informatique.

On calcule son coût de réalisation - l’investissement initial -, ses coûts récurrents une fois le projet réalisé, et on compare aux recettes attendues. Si le ROI est au rendez-vous (Return on Investment), on y va…

De fait, progressivement, nous avons été amenés à formaliser la façon des monter les BK selon les types de projets informatiques.

Deux types de projet informatiques ont été pris en compte : les projets applicatifs dits métiers, et les projets dits d’infrastructure.
Les services d’infrastructure sont en fait des services mutualisés pour les applications ; serveurs, stockages mutualisés, réseaux…
Je ne détaillerai pas la façon de calculer les coûts d’investissement et les coûts récurrents d’un projet. Même si ce n’est pas toujours simple, c’est en général connu.
Mais les recettes ? En théorie, ce n’est pas compliqué, et il ne manque pas de bons auteurs pour gloser sur le sujet. On peut représenter la chose sur le schéma comme ceci :.

Pour évaluer les recettes d’une application métier, on va d’abord prendre en compte les gains (éventuels) sur l’exploitation de l’application. Si, si ça arrive, car les vieux bouzins finissent par coûter très cher et leur remplacement peut faire gagner de l’argent.
Mais le poste principal de recette réside en générale dans ce qu’il est convenu d’appeler les « gains métier ». J’en reparlerai.


Pour tout ce qui sert de support mutualisé aux applications métier, c’est un peu pareil.

L’exploitation d’une nouvelle infrastructure en remplacement d’une ancienne peut être très rentable, du fait des progrès continus de l’informatique qui conduisent à des matériels et des services plus performants pour des coûts inférieurs. Là aussi, ce sont surtout les gains pour les services supportés qui vont en général être les plus importants : les coûts récurrents des applications baissent. Mais il peut y avoir aussi des gains métier, plus difficiles à appréhender, du fait d’une meilleure disponibilité et d’une meilleure efficacité des applications.


Tout ça semble simple. C’est quand on commence à essayer de calculer tout ça que ça se complique.

D’abord, il y des applications qui sont difficiles à classer, et à vrai dire elles sont un peu intermédiaires entre les deux types précédents. Ce sont les applications qui sont transverses à l’entreprise, qui servent souvent aux applications, mais qui sont aussi tournées vers l’utilisateur dit final. Exemples : la messagerie d’entreprise, le poste de travail (quelle qu’en soit la forme : PC, tablette, smartphone), les RSE (réseaux sociaux d’entreprise). Et là, commencent les problèmes : si les gains d’exploitation pour une renouvellement d’application sont évaluables, c’est un acte de foi que d’évaluer les gains de productivité pour l’entreprise d’un RSE, ou d’une amélioration des postes de travail. Quelques minutes par jour gagnées, même multiplié par le nombre de salariés, ne convainc généralement pas les financiers. La disponibilité de salariés équipés de postes mobiles, tablettes ou smartphones, idem en général. Quant au RSE, les gains de créativité ou nés d’un travail plus transverse …

Mais en fait les gains métier, ne sont pas si faciles à évaluer non plus. Et le ROI sujet à caution. D’abord, il convient de rappeler ce qui devrait être une évidence : il n’y a pas de projet informatique métier. Il y a des projets métier avec une composante informatique et obligatoirement une composante métier : en général les processus métier sont impactés, et il y a des coûts de transition à prendre en compte. Insertion métier est un mot faible à cet égard (formations, reclassements, réorganisations…).

Et pour un projet métier identifié, il n’y a pas qu’une solution informatique : avec différents curseurs comme le degré d’automatisation, la facilité d’utilisation…

Le BiKet ne peut être que global au niveau du projet métier et les différentes alternatives se doivent d’être étudiées dans ce contexte global.

Cela signifie aussi que la maîtrise d’ouvrage d’un projet informatique métier ne peut être que subordonnée à la maîtrise d’ouvrage du projet métier : le projet informatique est un lot, qui peut très important, du projet métier. Faute d’avoir compris cela, combien de luttes intestines à l’entreprise ont lieu entre « l’informatique » et « le métier ».

Encore faut-il que le « métier », souvent très éloigné de la sphère informatique soit structurée pour décider et conduire ces projets à composante informatique.

Une des choses dont je suis fier, lors de mon passage à RTE, a été l’institution de programmes métiers, présidés par des décideurs du métier ; les commanditaires. Ces programmes géraient les projets, mais suivaient aussi l’ensemble des dépenses induites par l’utilisation de l’informatique. Ils avaient dont en principe tous les éléments pour optimiser les dépenses informatiques au sein du budget global métier.


Tout irait pour le mieux si cette logique n’était pas régulièrement battue en brèche par les financiers. Dans un contexte économique tendu, ceux-ci n’acceptent pas en général la hausse continue des dépenses informatiques … pourtant quasi inéluctables, du fait de la substitution croissante de la puissance informatique au travail surtout tertiaire. A production équivalente, la part du travail baisse dans le produit final, ce qui ne se voit que sur la durée et à condition de raisonner à production équivalente.

Nos financiers, donc, souvent court-termistes, imposent des contraintes budgétaires sur l’informatique prise dans son ensemble. Croissance zéro, voire baisse importante.

De fait, les coûts unitaires de l’informatique baissent régulièrement (5 à 10%) ce qui permet des développement informatiques même avec une croissance zéro des budgets.

Malheureusement, la pression est souvent beaucoup plus forte, à tels que l’on assiste à des paradoxes : le métier a le budget pour faire le projet métier, mais la contrainte sur les dépenses SI fait qu’il est impossible de le mener ! Souvent d’ailleurs le métier se débrouille pour que des dépenses SI ne soient pas comptabilisées en SI. De ce point de vue le développement (inéluctable)  du BAAS (ni Syrien, ni Irakien : Business As A Service) est une aubaine car il masque les dépenses informatiques sous-jacentes qui sont réalisées par le fournisseur du service.

Mais ça j’en reparlerai certainement dans la suite de ma chronique.