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lundi 12 avril 2021

IA générale ou complète

 

IA générale ou complète

En 2 mots. Le Graal des chercheurs en IA : celle qui dit papa, maman, capable de toutes les prouesses, d’apprendre toute seule ou presque, bref de passer le test de Turing sans artifice, celle qui faisait peur à Hawking et à d’autres, car l’homme deviendrait inutile.

Aujourd’hui les progrès de l’IA et de la robotique permettent tout juste de mettre en chômage endémique une partie non négligeable de la population la moins qualifiée.

Et pourtant il n’y a guère de jours où l’on ne signale un progrès dans des domaines variés : reconnaissance de visages, traduction automatique, diagnostics divers et variés, actions adaptatives de robots etc...

Des limites des Réseaux Neuronaux artificiels

La plupart du temps, ces progrès sont attribués à « l’apprentissage profond » à l’aide de réseaux neuronaux, soit de simples « perceptrons » multicouches, soit de réseaux neuronaux plus perfectionnés (convolutifs par exemple) ou utilisés en tandem (réseaux antagonistes).

On cite abondamment dans la littérature les faiblesses des RN :

  • faible explicabilité dûe au côté boîte noire,
  • taille colossale des ensembles de données nécessaires à l’apprentissage supervisé - en fait les superviseurs sont des petites mains qui étiquettent les données à digérer par le Moloch –,
  • biais qui peuvent être induits plus ou moins volontairement,
  • et surtout aucune transposition possible après apprentissage d’un domaine à un autre, même connexe vu de nous.

Le RN n’est ni plus ni moins qu’une machine à interpoler au sein du domaine d’apprentissage. Même si l’aspect statistique de l’apprentissage permet de s’affranchir de certains bruits sur les données d’apprentissage, si ces données sont fausses les interpolations le seront aussi.

Exemple trivial : si l’on étiquette comme chien des chats, alors pour lui les chats seront reconnus comme chiens... On a beaucoup parlé ces derniers temps des biais raciaux ou de genre, causés par des ensembles d’apprentissage eux-mêmes biaisés.

Une autre réalité : les algorithmes d’apprentissage sont des algorithmes à convergence très lente qui nécessitent un nombre énorme d’exemples pour l’apprentissage. Et évidemment plus le domaine est grand, et plus il faudra d’exemples.

Ces algorithmes s’apparentent à des algorithmes de gradient stochastique. Et en plus dans un espace où beaucoup de variables (en entrée et/ou en sortie) sont des variables discrètes. Résultat, ils peuvent se faire piéger dans des optima locaux mauvais, et ceci même si on met en œuvre des métaheuristiques (recuit simulé ou autres, il y en a plein). Le simple fait de changer l’ordre de présentation des données d’apprentissage peut changer le résultat, c’est-à-dire in fine la pertinence de la reconnaissance.

Quant à la faiblesse explicative de l’Oracle ? Énormément de recherches pour lui ouvrir le crâne, trouver des interprétations aux neurones des couches cachées, mais jusqu’à aujourd’hui assez peu de réussites... Cela semble un peu plus facile dans le cas des réseaux convolutifs, qui ont des couches spéciales, inspirées de notre cortex visuel, qui permettent d’extraire des caractéristiques des images et de ne plus travailler au niveau du pixel.

Quant à transposer un RN éduqué sur un domaine, pour en faire un sur domaine même voisin... Passer d’un RN pour reconnaître les chiens à un RN pour chats... Faut pas rêver.

Réconcilier le cerveau gauche et le cerveau droit

L’analogie en l’occurrence est probablement aussi mauvaise que le concept de cerveau reptilien.

Néanmoins, je l’utilise un peu. À ma droite (du cerveau) les RN capables de traiter des volumes de données impressionnants comme ceux d’une image. Mais de façon très automatique et quasi-inconsciente.

À ma gauche tout un pan de l’IA aujourd’hui dans l’ombre : celle des inférences logiques, des réseaux de concepts et autres ontologies, des jadis encensés systèmes experts censés cristalliser la connaissance des experts humains et reproduire leurs raisonnements. À vrai dire, il y en a encore qui luttent vaillamment avec les RN dans des domaines comme l’analyse de demandes de prêts... En tout cas ce cerveau gauche est à la recherche du sens (représentation sémantique).

Peut-être que le salut viendra quand l’on saura associer ces cerveaux droits  et ce cerveau gauche : extraire des concepts d’un outil RN de reconnaissance et leurs relations, voir qu’on retrouve à peu près la même structure de concepts dans un autre outil RN, et en déduire un outil plus général.

(Les chiens ont en général 4 pattes, les chats aussi, peut-être existe-t-il une classe d’objets à 4 pattes plus générale. (Et les bipèdes alors ?)).

Une lecture conseillée

Pour arriver à faire ça il faut un méta-outil qui détecte et permette d’analyser les ... analogies !

Et sur ces analogies on pourra faire des raisonnements constructifs.

Il faut d’abord trouver des réseaux de relations similaires entre des concepts d’un domaine A et celles d’un domaine B. Cela s’apparente à la recherche d’homomorphismes dans les graphes, problème résolument non trivial mais pour lequel on peut imaginer des heuristiques.

Ensuite on peut imaginer transposer une relation existant dans le domaine A dans le domaine B duquel elle semble absente. Ensuite encore, il faut vérifier que cette extrapolation de la relation tient la route en réanalysant le domaine B. Soit on gagne et l’analogie se renforce, soit on perd. Mais tout n’est pas perdu car on peut imaginer rechercher ce qui cause cette divergence conceptuelle : par exemple que certaines caractéristiques qui seraient intéressantes étaient absentes du domaine B d’apprentissage, mais peut-être ont-elles un sens quand on passe du virtuel au réel. Rêvons, rêvons...

Je suis loin d’épuiser la richesse du raisonnement par analogie : c’est un mode de raisonnement que nous pratiquons tous intensivement, mais dont on parle très peu en définitive dans le monde de l’IA et des mathématiques.

Et donc je conseille la lecture passionnante du bouquin de Douglas Hofstadter (Gödel Escher Bach) et de Emmanuel Sander : « L’Analogie, Cœur de la pensée ». (Odile Jacob 2013).

vendredi 17 mars 2017

12 G9+ Travail 4.0 Un peu bizarre


La rencontre annuelle du G9+ cycle RH était consacrée à l'impact de la "révolution numérique" sur l'emploi. Des exposés aux thèses un peu contradictoires, sans qu'il n'y ait vraiment débat, ni à la tribune, ni dans la salle.
Ça commençait bien - de mon point de vue -. Yves Caseau, dans l'exposé introductif, expliquait comment la plupart des emplois actuels seront supprimés ou au moins impactés par le développement des TICs et de la robotisation. Plates-formes d'intermédiation (voir article antérieur), développement de l'IA dans plein de secteurs, comme la médecine, la justice et évidemment les banques. Il est bien placé pour en parler : il a fait ses débuts dans l'IA - c'est d'ailleurs à ce moment là que je l'ai connu -.
Pour lui, seuls les métiers de proximité (quasi physique, comme par exemple les aides à la personne) pourront se développer. Aujourd'hui, d'un point de vue économique, ils sont souvent mal rémunérés, mais restent cependant trop chers pour ceux qui pourraient ou voudraient y faire appel. Sa solution ? Quelque chose qui ressemblerait au revenu universel, qui permettrait d'en abaisser le coût, si j'ai bien compris.
Après ça se gâte. Quelques exposés que je qualifierais de classiques mais intéressants. 
Mais aussi une intervention étonnante de l'observatoire de l'ubérisation, du vrai lobbying pour les plates-formes : impasse quasi-totale sur le sort des ""indépendants"" travaillant pour certaines de ces plates-formes (UBER au hasard) qui se retrouvent en situation de quasi-monopole et imposent leurs tarifs. Impasse également sur le type d'emplois créés (manutentionnaires, livreurs) et sur ceux qui sont corrélativement détruits par des plateformes comme Amazon.
À mon sens, le clou, c'était le speech décoiffant de Jean-Marc Daniel, célébrant la fin du salariat et le retour au tailleur de pierres de l'ère préindustrielle : il vendait directement ses services à ses clients maîtres d'ouvrage. Plus de patrons ! Des clients exigeants, si bien que la pression pour travailler est intériorisée par le "travailleur indépendant". Une vision purement micro-économique qui fait l'impasse sur la précarisation des travailleurs et la déqualification du travail. Si c'est la vision qu'il inculque aux élèves de Centrale, je suis inquiet pour l'avenir de notre société.
Dernier acte, la parole aux (principaux candidats) :
  • l'équipe de Hamon avait décliné pour je ne sais quelle raison
  • l'équipe Fillon avait délégué un chef d'entreprise qui n'a parlé que du salut pour la France que devrait apporter le développement de la filière numériqu
  • par contre on a eu droit à une vidéo de Macron, brillante, mais j'ai oublié ce qu'il a dit. Ensuite en 5 minutes, une responsable de son comité de campagne a tenue a dévidé en vitesse accélérée tout ce qui dans le programme de son candidat traitait, de près ou de loin, au numérique. Quasiment rien par contre sur la lutte contre le chômage, ou sur la modification de types d'emploi, liés au développement du numérique.

lundi 13 février 2017

11 Les TICS : vers le chômage de masse.







Bye Bye ! C'est moi qui te remplace !

Résultat de recherche d'images pour "robot"Dans les articles précédents, j'ai essayé d'illustrer les impacts du développement des TICs et de la robotisation sur l'emploi et le travail.
En particulier j'ai évoqué le phénomène de l'ubérisation de l'économie : développement de plateformes d'intermédiation détruisant essentiellement des emplois marchands et créant simultanément des emplois précaires, à protection sociale ultra limitée. Je laissais entendre que sur ce dernier point le pire n'est pas sûr et que, à coups de gréve - comme celles des chauffeurs d'UBER en Californie ou en France - la situation financière et le statut de ces nouveaux prolétaires pouvait s'améliorer ... progressivement.
Il n'en reste pas moins que des emplois qualifiés disparaissent, et que la contrepartie ce sont des emplois peu qualifiés et en nombre inférieur.
C'est bien que ce que pointe le rapport de l'OCDE de l'année dernière.
Mais avec une "bonne nouvelle" dans ce rapport : seuls 9% des emplois (en France) seraient directement menacés. 
Sauf qu'en fait 40 à 50% au total des emplois seraient impactés par une automatisation à 50% ou plus! Les 9% ce sont les emplois automatisables à 70% et plus. Qui représenteraient quand même deux millions. Et en oubliant de dire combien d'emplois seraient supprimés du fait de l'automatisation partielle  des 30 autres % !  Deux millions de chômeurs encore en plus ?
Et là , n'en déplaise à Schumpeter, si l'on voit bien les emplois menacés, on a du mal à identifier les nouveaux emplois créés par les TICS ou la robotisation : certes il y en a, mais en nombre incomparablement plus faible et avec des niveaux de qualification difficilement atteignables par les futurs chômeurs.
On trouvera un argumentaire plus détaillé dans l'article de l'Obs (cliquer).

Pour un changement de paradigme

Faut-il pour autant chercher à freiner le développement des TICS et de la robotisation ? Celui-ci a un caractère presque inexorable du fait des logiques économiques : pression concurrentielle vers l'augmentation de la productivité.
Faut-il au contraire s'interroger sur la société que nous voulons ? Naïvement, s'il faut moins de travail humain pour produire les mêmes biens et services, ne faut-il pas chercher à le répartir plus équitablement ? au risque de faire baisser la productivité ! et moyennant un effort de formation considérablement accru.
Ne faut-il pas également revoir la protection sociale ? réfléchir sans a priori au revenu universel évoqué par le candidat du PS ?
Sauf qu'en tirant ce fil, c'est toute la pelote qu'on attrape : un revenu minimal garanti ne peut être assis uniquement sur la contribution des actifs ... surtout si le revenu global des actifs baisse du fait de l'augmentation du chômage et de la multiplication des emplois peu qualifiés, et donc peu rémunérés (aujourd'hui). 
Autrement dit il faut revoir tout le système fiscal et imposer plus les revenus du capital - quelle horreur ! - ce qui indubitablement est rendu pour le moins compliqué, si ce n'est impossible, par la mondialisation des économies et de la finance.


















samedi 26 mars 2016

7 Intelligence artificielle et bêtise naturelle.

L'IA plus intelligente que l'homme  ?

Çà y est, Turing se retourne dans sa tombe, car le champion du monde du jeu de go, considéré comme le plus difficile, est une IA !
Cette nouvelle mérite une halte dans ma chronique, même si en réalité elle me permet de passer des messages que j'aurais de toute façon passés plus tard.
Les spécialistes annonçaient cette victoire de la machine dans une ou deux décennies mais les progrès de l'intelligence artificielle semblent s'être accélérés depuis près de 20 ans. Deep Blue de big blue en était le signe avant-coureur. Deep Mind de gogol en est la preuve.
De plus les techniques utilisées sont plus facilement généralisables que celles de Deep Blue qui mettaient en œuvre des techniques heuristiques spécifiques aux échecs, ainsi qu'un énorme catalogue des débuts et fins de partie.
Dans le cas de Deep Mind, les techniques d'apprentissage non supervisé des réseaux "neuronaux" multicouches (c'est ce qui se cache derrière le nouvel acronyme de "deep learning") permettent d'utiliser des bases de données énormes pour optimiser un réseau de neurones artificiels (et virtuels) pour une tâche spécifique. 
(Voir article très détaillé de Yann LeCun du 24 07 2015 dans le Monde.fr, lien ci-dessous).
Au milieu des années 70, il y a déjà 40 ans, je suivais les enseignements de Jacques Pitrat et jean-Claude Simon à Paris VI pendant ma thèse en IA. Dès cette époque des chercheurs commençaient à travailler sur les réseaux neuronaux multicouches.
Dans les années 90, après la mode des systèmes à base de connaissances, c'était l'engouement pour les réseaux neuronaux. Dans le congrès ISAP (Intelligent Systems Applied to Power system) que j'avais organisé à Montpellier en 94, je crois que sur les 200 articles présentés, près du 1/3 présentaient l'utilisation des réseaux neuronaux. Feu de paille ! Rien de très opérationnel dans ce domaine précis.
Qu'est-ce qui a changé et a permis les progrès sans précédent du "deep learning" après 2000 ?
D'abord les gains de puissance énormes et continus des machines, beaucoup plus rapides, ce qui permet de mettre en œuvre des réseaux de très grande taille. Avant on devait se contenter de quelques centaines de neurones virtuels au mieux.
Mais surtout peut-être la digitalisation massive d'une quantité énorme d'informations structurées, qui permet de construire des ensembles d'apprentissage gigantesques, que l'on peut faire avaler aux réseaux neuronaux pour qu'ils optimisent leurs paramètres.
De plus, dans le cas d'un jeu où l'on peut dire qui a gagné à la fin de la partie, la machine peut faire de l'auto-apprentissage en jouant contre elle-même !

Ceci dit, si on demande à la même machine de jouer dans la foulée ne serait-ce qu'à la belote, ça ne marcher pas ... tant qu'on ne l'a pas entraînée à jouer à la belote.
Mais si l'on réfléchit un peu, c'est aussi notre cas ! Un bon joueur de GO qui n'a jamais joué aux cartes sera perdu au départ...
Finalement il est difficile d'imaginer ce que l'on ne pourrait pas faire faire d'intelligent à la machine.
Par contre,ce qui nous distingue - pour l'instant - c'est le nombre incalculable et la grande variété des tâches que nous avons appris à faire, des plus élémentaires aux plus sophistiquées.

L'IA va nous dominer !

Peut-être bien, pas tout de suite !
En tout cas ce sont les craintes affichées par quelques grands esprits !
La machine n'aura plus besoin de l'homme, qu'allons-nous devenir ?
En plein mythe du Golem !
Et il est vrai que l'homme est capable d'inventer des systèmes démoniaques, comme les bombes H, les outils de surveillance généralisée, les drones et les robots tueurs, des virus mortels artificiels...
Le vrai problème n'est-il pas la folie humaine plutôt que l'intelligence artificielle des machines ?
Asimov avait assez bien cerné le sujet avec ses trois lois de la robotique : encore faut-il que l'homme soit assez sage pour cantonner les machines à un rôle utile pour l'humanité.

La véritable menace / l'IA et la robotique

Ce qu'il faut vraiment regarder, c'est ce qui se passe aujourd'hui dans la production et les services : une utilisation de plus en plus perfectionnée des robots et des TIC (technologies de l'information et de la communication). On assiste à un déplacement des tâches : de plus en plus d'emplois dans la production et les services sont "détruits" par le développement de ces nouvelles technologies.
Dans un article précédent (on était loin de l'IA) j'avais expliqué comment un programme de tracé automatique de graphes PERT avaient permis de fermer une équipe d'une vingtaine de dessinateurs-projeteurs dans une société d'ingénierie. Aujourd'hui c'est à la puissance 10 (ou presque) que cela se passe partout dans le monde.
On crée une masse de chauffeurs-livreurs, mais on supprime une masse d'employés de bureaux, d'agents du commerce ou des banques, d'ouvriers qualifiés. Tôt ou tard l'enseignement sera touché à son tour, voire la médecine...

C'est une crise de civilisation que nous commençons tout juste à vivre !
Si l'on ne s'y attelle pas c'est un précipice qui va cliver la société entre les nantis (tout court) et les nantis de la connaissance, et les laissés pour compte, précaires ou chômeurs.



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